Les archives photographiques de Nicolas Bouvier sont conservées au Musée de L'Elysée (18 avenue de l'Elysée, Lausanne, Suisse). Rencontre avec Pascale Pahud, responsable du fonds Nicolas Bouvier. Propos recueillis par Alexandre Bouron, décembre 2004.

 - Depuis quand le musée de l'Elysée gère-t-il les archives photographiques de Nicolas Bouvier et dans quelles circonstances sont-elles arrivées dans ce musée ?

Le fonds Nicolas bouvier a été déposé au Musée de l'Elysée en 1998 par Eliane Bouvier quelques mois après le décès de Nicolas. Nous possédions déjà quelques images de Nicolas sur le Japon, images achetées par l'Association pour la Photographies Contemporaines et déposées chez nous en 1997.

- Pourriez-vous nous dire en quelques mots ce que contiennent ces archives ?

Ce fonds est arrivé en vrac. Il comporte:
- 900 photographies (19 boîtes) , tirages originaux, essentiellement sur le Japon. Quelques images sur la Corée, la Thaïlande et l'Indonésie (1970), triées par thèmes.
- 14 classeurs de négatifs remis en état par un atelier de restauration (Europe, Asie, Afrique du Nord, Etats-Unis entre 1960 et 1990). 8 de ces classeurs ont été répertoriés sous forme de fiches descriptives (Japon, Corée et Inde entre 1956 et 1970).
- 11 classeurs de diapositives et des boîtes non répertoriées (Europe, Asie, Etats-Unis, Afrique du Nord et Indonésie entre 1964 et 1995).

A signaler que tous les négatifs de l'Usage du Monde, que l'on croyait perdus, ont été retrouvés dans son atelier, derrière une armoire.

Actuellement, le musée possède :
- 367 photographies, dont 126 concernant le Japon et 179 l'Usage du Monde. Nous avons 3 tirages originaux de Nicolas antérieurs (1 Algérie 1948 et 2 Laponie de 1947)

- Les films et tirages papier étaient-ils en bon état ? Avez-vous eu à prendre des précautions particulières pour les stocker ?

Le fonds a été conditionné. Les négatifs et les photographies mises sous milar et dans des boîtes non acides. Les boîtes sont stockées dans des conditions idéales au niveau température et hygrométrie.

- De son périple en compagnie de Thierry Vernet à travers les Balkans, l'Afghanistan,... il a ramené de nombreux clichés, témoins d'un monde disparu. Savez-vous si, dans les années 1950, d'autres photographes ont également ramené des documents photographiques de ces régions ?

Lucia Moholy-Naguy a fait quelques phographies en Yougoslavie dans les années 30. John Phillips, comme reporter de guerre, entre 1944 et 1950 et Jean Mohr a fait aussi quelques clichés entre 1957 et 1960. (toutes ces images sont dans la collection du Musée de l'Elysée).

- Pourquoi s'intéresser aujourd'hui aux clichés de Nicolas Bouvier : parce qu'ils sont uniques et constituent des documents historiques ? parce qu'ils ont été pris par un écrivain reconnu ? parce qu'ils concernent des pays ou des régions qui ont occupé ou occupent le devant de la scène internationale ? pour leur beauté plastique ou pour un peu tout cela à la fois ?

Je crois que l'intérêt des photographies de N. Bouvier tient à plusieurs choses: l'intérêt grandissant pour les écrivains voyageurs, le changement très rapide dans ces pays, qui sont parfois devenus difficilles d'accès. J'aurai un doute quant à la beauté platique de ces images. Le but de Bouvier étant plus d'écrire que de photographier. La photographie a servi surtout de support à ces textes, de saisies d'instants. Je ne pense pas qu'il cherchait l'"esthétisme", mais plutôt le témoignage visuel. Chaque photographie chez Nicolas est un moment fort de ses voyages et la beauté d'une image n'a aucune valeur objective.

© Le pérégrin genevois, Décembre 2004, tous droits de reproduction interdits.

Musée de la Photographie, Lausanne. © A. Bouron, Février 2002