Femme de télévision (TF1, cuisine.tv) et de radio (Droit dans le buffet, le dimanche de 11 à 12h sur Europe1), Julie Andrieu est avant tout une journaliste culinaire qui a écrit une douzaine de livres dont "Le b.a. ba du chocolat", son dernier ouvrage, paru en octobre dernier aux éditions Marabout.
Avec courtoisie, gentillesse et simplicité Julie Andrieu a répondu à la sollicitation du pérégrin genevois et a accordé une interview dans laquelle elle montre que la cuisine n'est pas la seule passion de sa vie. Elle a en effet accepté de nous parler de l'un de ses écrivains favoris : Nicolas Bouvier.

Cette rencontre avec Julie Andrieu permet de rappeler que si voyageurs et explorateurs de tout poil ont rapporté de leurs périples divers récits et légendes, ils ont également pris soin, souvent au risque de leur vie et en catimini, de remplir leurs bagages d'épices, de plantes, de graines ou de fruits sans lesquels nos repas et nos paysages seraient très différents de ce que nous connaissons aujourd'hui. Pour nos universitaires l'art culinaire est, à tort, un art mineur car, au même titre que la littérature, c'est une porte ouverte sur le monde. Sans cet "ailleurs" si cher à Nicolas Bouvier et pour lequel tant d'hommes et de femmes ont pris la route, la littérature et la cuisine seraient d'une fadeur affligeante.

Comment Nicolas Bouvier et ses livres se sont immiscés dans votre univers ? Etait-ce par hasard ? le bouche à oreille ? ou à la faveur de la lecture d'un article ?
La première personne qui m'a parlé de Nicolas Bouvier est un autre aventurier : Stéphane Peyron. Bouvier est une de ses références. Le nom m'était familier et j'ai voulu en savoir plus. Je ne pensais pas faire une telle rencontre avec un auteur. Ou plutôt avec un livre, un voyage, une aventure.

Qu'est-ce qui vous a séduit chez Nicolas Bouvier et en quoi se différencie-t-il des écrivains que vous aimez ?
Sa démarche quant à l'usage du monde me touche car le livre à été écrit d'une traite, sur le seul souvenir du voyage qu'il choisit de raconter. C'est bien la preuve de la valeur universelle et allégorique de ce texte. Il porte parfaitement son titre car l'on n'a jamais mieux rapporté la solitude de l'homme, exacerbée par le voyage, le nécessité absolue du voyage et sa valeur intellectuelle bien au-delà de son caractère géographique. De mémoire, il dit qu'il faut se laisser abîmer par le voyage. A une époque ou l'on évite tous les risques, ou l'on se protège de tout, où l'on se plaint sans cesse et où l'on aspire à ne laisser dans l'ombre aucun recoin de la planète, cette phrase est salutaire ! Nicolas Bouvier est une sorte de Don Quichotte. La vérité n'a que peu d'importance, en inventant, il révèle l'essentiel, l'absolu.

Le nom de Nicolas Bouvier est associé à un genre plus ou moins bien défini qui est celui de la littérature de voyage. Est-ce que la lecture et les voyages occupent une place privilégiée dans votre vie ?
Evidemment. C'est une indispensable soupape. Les deux s'apparentent à la découverte d'ailleurs.

Compte tenu de votre activité professionnelle actuelle, on vous imagine mal passant la moitié de votre temps dans les aéroports ou sur les routes mais, avant de connaître le succès qui est le vôtre aujourd'hui, avez-vous eu une jeunesse "aventureuse",  partant sac au dos vers des "ailleurs" plus ou moins lointains ou êtes-vous plutôt casanière ?
On peut dire ca. Si je n'avais pris cette voie là, je pense qu'on aurait pu me retrouver régulièrement aux 4 coins de la planète. Je suis très curieuse et impatiente. J'adore l'idée de l'immersion, du dépaysement, du changement. Aucun voyage ne me fait peur. Le plus difficile est de trouver l'occasion, le temps et le(s) partenaire(s). C'est pour cela que je pars souvent seule. Et je dois reconnaître que j'adore ca. J'ai fait mon premier voyage en solitaire à 18 ans.  Je suis partie pour le Népal, puis je suis descendue tout doucement jusqu'au Sri Lanka en parcourant l'Inde. Trois mois, c'est à la fois long et très court. Alors, je suis repartie l'année suivante en Inde. A chaque fois que j'y vais je passe au moins 4 ou 5 jours à Benares. Je suis là bas comme chez moi. Il s'en faudrait peu pour que j'achète un petit appart sur le Gange. J'ai aussi une passion pour le Japon. Nicolas Bouvier n'est pas loin..

En tant que lectrice, avez-vous des goûts littéraires particuliers ou lisez-vous tout ce qui vous tombe entre les mains ?
Loin de là. Je choisis mes livres avec attention mais je n'affectionne aucun style en particulier. Je ne suis pas très amateur de roman. Je ne ressens pas le besoin de m'évader par les livres. Ils ont plutôt pour moi valeur de guide. C'est un éclairage précieux sur ce qui m'entoure. Je suis en ce moment en train de terminer le livre de Jacques Attali : «Une brève histoire de l'avenir». Son résumé de l'histoire de notre monde en quelques chapitres est vraiment brillant. C'est un formidable vulgarisateur. J'adore l'histoire mais je n'y connais rien. La lecture me sert à combler mes lacunes. Pour le rêve, j'ai ce qu'il faut dans la tête. Un seul peut-être risque de me poursuivre encore longtemps : ne pas avoir rencontré Nicolas Bouvier !

© Le pérégrin genevois, Février 2007, tous droits de reproduction interdits.

Pendant trente ans j'ai été iconographe. L'iconographe n'est pas, comme une éthymologie trompeuse pourrait le suggérer, un peintre d'icones. L'iconographe recherche des images qu'une clientèle variée - érudits, éditeurs, rédacteurs de magazines, graphistes, peintres d'enseignes, farceurs de toute nature - lui demande, et qui ce faisant en trouve de plus belles, cocasses, singulières qu'on ne lui demandait pas.
Cette activité s'excerce dans les grands et les petits musées, les bibliothèques, librairies anciennes, chez les collectionneurs de manuscrits et grimoires, devant des murs de fermes historiés de « poya », des pissoirs où nos voeux les plus candides se libèrent en graffiti naïfs, devant de petits objets peints à motifs tels qu'éventails, tabatières, boîtes à cachous, fourneaux de pipes, dans les églises à ex-voto, dans la boutique des tatoueurs professionnels qui officient entre Copenhague et Hong-Kong, sans parler des timbres-poste ou des dessins d'enfants. Partout où est l'image il doit être aussi.

Nicolas Bouvier, L'Echappée belle, Editions Métropolis, 1996.