Nicolas Bouvier, saint patron de Saint-Malo

L'auteur du «Poisson-scorpion» est devenu le héros du festival Etonnants Voyageurs, qui a attiré la foule.

Article signé Isabelle Rüf
Mardi 29 mai 2007

A la Pentecôte, l'Esprit souffle où il veut et comme il veut. A Saint-Malo, ce week-end, il a joué de registres contrastés: vent et soleil samedi; pluie et crachin dimanche, et pour le dernier jour, une tempête qui a mis en danger la bonne marche du 17e festival Etonnants Voyageurs. Lundi, il a fallu annuler une partie des activités. Tout avait pourtant bien commencé samedi quand le TGV a lâché sur la ville des dizaines d'auteurs du monde entier. Les manifestations se sont enchaînées dans un impressionnant enthousiasme; le programme offrait à chaque heure au moins trois ou quatre possibilités: débats, films, expositions, conférences sur les arts de la table. Etonnants voyageurs, étonnant public aussi, capable de faire la queue durant plus d'une heure et de s'entasser pour écouter passionnément «le bruissement des langues du monde»!

Les spectateurs campent littéralement, quitte à écouter des auteurs qui les intéressent peu ou prou pour garantir leur siège pour la suite. Enfin, les auditeurs vont faire leur marché dans les allées encombrées de la tente des éditeurs où les auteurs vedettes signent à tour de bras. Le succès de Saint-Malo va grandissant d'année en année, on y vient de loin, de Paris, de Lyon, fidèlement. En famille aussi, et en voisins. Le festival a essaimé: à Bamako, à Dublin, à Missoula aux Etats-Unis, à Sarajevo. En décembre, il ira en Haïti: désormais, la «littérature monde» s'écrit aussi en français. A Saint-Malo, hier, une quarantaine d'auteurs de langue française ont signé un manifeste qui ressemble à une déclaration d'indépendance à l'égard de Paris, un acte de décolonisation de la littérature.

«Prix Nicolas Bouvier»

«Francophone» ouvert sur le monde, Nicolas Bouvier ne s'est sans doute jamais posé cette question, lui dont les livres sont restés si longtemps dans les marges du succès. La notoriété lui est venue avec cette vogue des écrivains voyageurs. A Saint-Malo, il a été fêté de son vivant. Depuis sa mort, on assiste à l'édification d'un mythe: Michel Le Bris, fondateur et âme du festival, ne laisse pas passer une occasion de célébrer le génie du Genevois. Décerné pour la première fois, un Prix Nicolas Bouvier a été remis au livre d'un jeune auteur, David Fauquemberg, un récit elliptique très noir et très fort, Nullarbor (Hoëbeke), la dérive d'un jeune voyageur dans une Australie hostile. Et un livre paraît, oeuvre d'une universitaire française, Nadine Laporte. Le Désir d'une ville (Zoé) fait dialoguer Babur-Nama le Magnifique, empereur des Indes et d'Asie, et Bouvier, dans un jeu savant de citations.

© Le Temps, 2007.