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En Persan, le mot saya (voyageur) est toujours prononcé dans un souffle révérent et une pointe de dépit par ceux qui ne partent pas. A la porte de la ville, ils vous couvrent de bénédictions, de petits cadeaux pour la première étape et vous ne leur ôterez pas de l'idée quoi que vous ayez pu dire que si vous prenez la route c'est pour « pour acquérir un peu de la sagesse ». Pour quel autre motif irait-on au-devant du sable sournois et du soleil tueur. Cette dignité conférée au voyage, cette conviction qu'il n'y a pas de pérégrination sans secrets à découvrir ou ogresses à dompter est d'un grand réconfort. On se fera devoir d'éviter les mauvais djinns, de dresser l'oreille, d'ouvrir l'il pour pouvoir ensuite raconter. Le voyage est le père et la matrice du conte mais, puisque le conte n'a connu qu'une fortune médiocre dans les lettres françaises, on s'entend souvent dire au retour d'une de ces randonnées qui sont toujours égarantes et bonnes : « Quand donc vous mettrez-vous à des choses sérieuses ? » Pouah! Nicolas Bouvier, Oeuvres, Gallimard, coll Quarto, 2004. |