Messages adressés à l'association

(voir aussi la rubrique interviews)

 

Michaux - Bouvier : Frères de lieux et de lettres.

A force d'écouter en douceur Nicolas «se raconter», les soirs de longs hivers, sur ces merveilleux supports que sont le cd et le dvd (le vent des routes, le hibou et la baleine c/o Zoé), scotché comme un rejeton aux lèvres de son grand-père, je n'avais que trop de plaisir à l'entendre citer Michaux pour ne pas envisager un jour des lectures de ce dernier. Notre ami Suisse dit qu'il «le vendrait» même pour commenter un match de football. Peut-être alors le ballon rond m'eût-il plu davantage? (mon intérêt pour ce dernier naquît, comme un élan chauvin sur la pelouse circonspecte de mon cerveau, un jour d'été 1998 " pour toute consolation!)

Aussi, après avoir lu sa poésie (Plume, Poteaux d'angle, Misérable miracle, La nuit remue...), je me suis intéressé à ce que l'on peut nommer ses récits de voyage, encore que l'appellation n'ait vu le jour officiellement qu'à l'aube des années 90 avec notre chef de file qui n'est plus à présenter (consacré à Saint Malo dès les premières sessions par Michel Le Bris) " et que Michaux ait écrit ceux-ci bien plus tôt (années 1930). L'auteur belge me semble être le grand frère de Bouvier. Un frère qui malgré les trente ans qui les séparent est extrêmement proche de son cadet. Un frère spirituel. Un frère d'ancre. Et d'encre. On sait que Bouvier a rencontré et apprécié les deux Jacques, Lacarrière et Meunier, et Kenneth White, ses autres grands confrères voyageurs contemporains. Quant à Michaux, j'ignore. La rencontre est de toute manière littéraire. Surréaliste.

Je ne parle toutefois pas de rapports filiaux. Bouvier avait un père et s'en accommodait parfaitement (lire Routes et Déroutes c/o Metropolis, repris dans Oeuvres/Quarto Gallimard) : ce bonhomme qui l'encouragea à partir pour voyager un petit peu par procuration puisqu'il n'avait pu le faire. Et pour notre plus grand bonheur de lecteurs gourmands.

Les deux «écrivains-voyageurs» ont l'art de raconter le paysage, la concision collée au corps, à la manière des Gracq, Laurie Lee, Jan Yoors. Une écriture alors au fusain, vive et précise. Ils racontent merveilleusement les gens, ce sont deux amoureux. Pas des amoureux béats, ils sont critiques, taquins, parfois même vindicatifs mais toujours ont le souci du mot juste ; qu'importe s'ils choquent!.. ce sont de savants hommes libres, «savants» en ce sens qu'ils sont sages. La bourlingue, si elle déforme le périmètre de ses carcans, produit chez celui qui se donne une incroyable sagesse, de cette sagesse allumée, éclairante et parfois illuminée. Tous deux ont une sensibilité à fleur de peau que le voyage a su canaliser et l'écriture magnifier. Lorsqu'ils s'accordent le droit d'une sérieuse observation sociologique, ce n'est qu'en véritable connaissance de causes, après avoir dévoré des bouquins d'histoire et développer cette belle intelligence de cur. Et pour mieux apprécier les méandres et miasmes de leur Europe natale. Si leur sensibilité est à fleur de peau, s'ils caressent moultes civilisations, ils n'effleurent rien. Ils «rentrent dedans», apprennent, veulent connaître et deviennent érudits.

Quand vous lisez Un barbare en Asie, il semble que Bouvier s'en soit servi d'ébauche pour écrire Chronique japonaise, L'Usage du monde, ou Le vide et le plein ; non qu'il y ait plagiat (latin: plagiarius, «celui qui vole l'esclave d'un autre ou vend une personne libre» " Bouvier serait plutôt de ceux qui achètent la liberté en payant l'esclave d'un autre le rendant ainsi libre), évidemment. Mais il vous semble que le texte de Michaux est une genèse de l'uvre du «petit frère». Et Ecuador semble avoir enfanté Le poisson-scorpion.

Quand ils n'écrivent pas, ils sont artistes. Michaux peint, Bouvier photographie. L'un s'intéresse au théâtre, la comédie le fascine, il joue si peu, entier, écorché qu'il est. Le plus jeune est passionné de musique, a même frôlé la carrière de musicien et joue de divers instruments l'air de rien, comme ça, suspendu aux notes... un faux dilettante!

On a en somme la vive impression que pérégriner les aide à vivre... et à mourir.

De grâce chers amis lecteurs! Plongez-vous dans la musique des mots de Michaux, Bouvier toujours à portée de main, naturellement!

Stéphane Génin, Sept 2007

C'est la conjonction de deux oeuvres en une, des travaux conjugués d'un écrivain et d'un peintre, qui m'ont donné la sensation de trouver ce à quoi je voulais parvenir : L'Usage du monde, offrant au lecteur les textes de Nicolas Bouvier et les dessins de Thierry Vernet, transcendait la notion d'illustration ; elle gardait intact chaque travail, comme posé en regard de l'autre ; surtout, elle faisait découvrir deux trajets, quand elle ne semblait parler que d'une seule et même expérience. Semblait seulement. Quel formidable voyage : sur quelque quatre cents pages d'un texte dense, errant, se dépose par petites touches une autre vision, disséminée sur quarante-cinq dessins. Certains paraissent d'abord de simples illustrations, puis, ponctuellement, on voit croître l'émergence d'un autre regard, qui n'est pas soumis au texte et muet semble nous confier : « je suis le hors-champ ; il ne peut pas tout dire, je montre un petit peu du reste, parce que nous étions deux ». Et au fil de la lecture, un univers se construit, se devine, dont la puissance poétique toujours croissante dit si bien ce que le texte donne à voir. Ce mariage est miraculeux.

Nicolas D. , avril 2005

Je n'annonce aucune manifestation, mais cherche à témoigner au sujet de Nicolas Bouvier. Témoigner à sa femme, ses enfants, que j'ai trouvé dans sa lecture que je ralentis, ralentis pour qu'il m'accompagne le plus longtemps possible, un enrichissement humain émerveillé à chaque ligne. En dehors de la stupéfaction qu'un si jeune homme eût si tôt à la fois tant de fraîcheur de peintre, de musicien et tant d'âge.. chaque accompagnement de ses lignes est une fraternité. Bien sur il y a la musique, souvent sublime.. (il y a dans son oeuvre trente pages qui représentent les plus émouvantes formulations littéraires que j'ai jamais lues..).. mais il y a ceci d'extraordinaire : Nicolas Bouvier ne "joue" jamais la musique du langage ! Le sens est absolument là où l'archet est ! C'est la première fois que je rencontre une pareille authenticité chez un auteur qui  semble pourtant tout savoir !!.  En même temps qu'il découvre tout !!   Au total, je voudrais témoigner, encore une fois, à ses proches, combien leur mari, papa a apporté de bonheur quotidien à certaines personnes, de très nombreuses personnes, combien il est précieux pour les lecteurs de leur mari et père qu'ils en témoignent à leur tour parce qu'ils existent, combien les lecteurs de Nicolas, les covoituriers de sa générosité d'âme, les déambulateurs de sa pudeur, les émerveillés par sa générosité, combien il est important pour eux de penser qu'une onde l'a accompagné, puis le prolonge..   J'ai offert l'ensemble de l'oeuvre de Nicolas Bouvier à ceux que j'aime. Ils (elles) y ont trouvé frère, ami, père, amant spirituel rêvé. Il est un homme qui nous fait nous aimer les uns les autres.. Parce que nous l'aimons lui, sommes tellement meilleurs par lui, tellement moins seuls, alors qu'il semble l'avoir été, malgré la perfection humble de son artisanat de vérité.. Quelle harmonie, quelle tziganerie de l'archet sur ses cordes, avec l'envie, le chagrin, la pitié, l'émerveillement, la vie, sa transe, son respect, et l'abandon au fond de cela de l'enfant trouvé.. qui a parcouru la terre nôtre et nous l'a donnée..   Quand on a lu Nicolas Bouvier, on ne peut plus regarder comme avant, ni pays, ni gens. Il est un de ces si rares hommes à réaliser nos métamorphoses, l'avènement de ce que nous n'osions espérer : que l'homme fût bon pour l'homme, dans le regard qu'il y pose, et que la longue route soit aussi le chemin des contrebandiers d'aimer.   Oh! merveilleux auteur, que ta famille accepte en quoi elle honore tant de lecteurs.. La vie est réellement plus belle lorsqu'on t'a lu.

Jean Sébastien, 3 Dec 2004

Je prends enfin le temps d'envoyer ce mot pour vous dire que votre association, par le biais du concours, est arrivé à ses fins avec moi : en effet, je le confesse,  je n'avais jamais lu Nicolas Bouvier. Il a fallu ce concours pour découvrir le bonhomme. Et quel bonhomme ! Le lire est un pur délice. D'autant que je me force à le lire lentement : le foie gras, ce n'est pas du pâté. Je viens de découvrir à la bibliothèque universitaire allemande voisine "Routes et déroutes", des entretiens avec Irène Lichtenstein-Fall  édités chez Métroplis : un régal. Voilà. Merci donc à vous et à bientôt peut-être. Bien cordialement.   Jean-Pierre

Bonjour,
Je découvre l'existence de votre association et de votre site suite à l'expo Nicaise à Paris. Après visite studieuse du site : bravo ! Beau travail.
Pour apporter ma pierre à cet édifice dejà solidement bâti, je vous signale la cassette video de l'interview de Bouvier par Bertil Galland réalisé en mars 1996 dans la série Plans-Fixes . 50 minutes fort sympathiques avec notre homme. Il s'agit du film n°1139 disponible chez Plan-Fixes, Case Postale 116, 1401 Yverdon-les-Bains, Suisse.
Cordialement
Daniel

Bonjour,

Le site dédié à Nicolas Bouvier est un hommage pleinement justifié. C'est un ecrivain que j'admire. Je l'ai rencontré une seule fois. C'etait au festival des etonnants voyageurs à Saint Malo en 1997. Je ne connaissais pas encore son oeuvre. Je l'ai photographié et j'aimerais vous envoyer la photo de ce grand bonhomme....

Merci.

Antoine 

© Antoine Barrois, 1997